OLE ROM, la danse des ROM

Chantal Pasquet, passionnée par le Vanuatu qu’elle a visité, arpenté et photographié, nous livre un très intéressant texte illustré de ses remarquables images dont se dégage une folle énergie.

OLE ROM, la danse des ROM

Pour acquérir influence, prestige social et pouvoir politique les sociétés d’Ambrym, archipel du Vanuatu,  fonctionnent sur le principe de la hiérarchie de grades, selon un protocole de droits coutumiers complexes soumis à transaction par paiement en cochons à dents.  A l’origine chacun des rangs de la prise de grade était acté par un rituel dominant, le Mage, publique et accessible aux femmes, contrairement à celui des sociétés secrètes masculines, telle la société à masques Rom.

Parce que sacré, incarnant un esprit, le masque Rom était à l’origine frappé de nombreux interdits, en particulier tabou au regard des femmes. A l’issue de la cérémonie il était brûlé, le danseur  regagnait le monde des hommes et l’esprit celui des ancêtres. Aujourd’hui, messager d’un mysticisme qui n’est plus, même si la prise de grades par le Rom se pratique toujours, il n’est plus détruit à la fin de ses prestations festivalières ou touristiques, et la participation des femmes n’est plus prohibée lorsqu’il danse pour célébrer la récolte des ignames, par exemple.

Selon l’ethnologue Jean Guiart le masque Rom serait une version simplifiée du Tamate des îles Banks, tout en se rapprochant stylistiquement du temes malau du sud Malekula. Celui de gauche du Museum der Kulturen de Bâle a été collecté en 1910-1912 par Félix  Spieser, le dessin du centre questionne le visage masqué de ce qui semble être un rambaramp, quant à celui de droite, du  Musée du Quai Branly, il s’agit d’un masque rom-kon (72.1962.1.4.1.D) collecté en 1962 par Jean Giuart. Toujours selon lui le masque ROM se compose de deux parties :

  • le masque de tête, en étoffe de cocotier tendue sur un bâti en bois léger, est recouvert d’un enduit de sève et de sciure puis peint en rouge, noir, blanc et vert. La chevelure de fibres est surmontée d’un bouquet de plumes et de feuillages colorés ; une barre transversale à l’intérieur du masque permet de le tenir avec les dents.
  • Un long manteau en feuilles de bananier, le rablar, caparaçonne le danseur des épaules aux chevilles.

 La dimension des triangles qui ourlent la face des masques, l’agencement et les couleurs des motifs, ainsi que les plumets qui les coiffent soulignent le rang et le statut du danseur, et sont soumis à copyrights.

Après des années de travail forcé dans les plantations de palmiers à huile ou de cacaoyers de Fidji et du Queensland, les hommes de retour ont implémenté un nouvel artéfact au Rom, le « u eran rom », fourreau d’écorces tressées dans lequel le danseur glisse un bras,  en rappel aux fusils dont étaient armés les soldats australiens.

Chaque masque est identifié selon un code visuel très normé: Rom-Lon, le plus sacré, arbore un bouquet de feuilles de cycas à la base du plumet de sa coiffe, Rom-ten affiche des lignes de triangles noirs sur les arêtes de son masque-tête, la face du  tuta-tbyb est bicolore, rouge d’un côté et verte de l’autre,  le Rom-yeycrb est un masque Janus, etc…

Les fentes très étroites au niveau des yeux du masque restreignent l’autonomie visuelle  des danseurs, aussi pour délimiter l’espace dans lequel ils déploient leur lente chorégraphie,  ils sont guidés par des initiés chantant à pleine voix tandis que les tambourinaires battent les tambours à fente et que le bruissement des rablars envahit l’aire cérémonielle.

Pendant le Festival National des Arts  en 2019, les ROM de Fanla, village historique du rituel, ont dansé pour le Président de la République du Vanuatu, Tallis Obed Moses, pasteur presbytérien originaire d’Ambrym.  Les chefs coutumiers très élevés dans la hiérarchie du ROM si l’on en juge par la boucle complète des dents de cochons qu’ils portent,  lui ont remis la feuille de cycas, symbole de paix, et le bâton de commandement.

La culture du Vanuatu est une culture vivante, dynamique, qui a su réinventer sa tradition. Romain Chambrin, du Centre d’Etudes et de Recherches Comparatives en Ethnologie,  parle d’une nouvelle génération de chefs avant-gardistes, qui a fait sienne une  kastom (coutume)  moins restrictive, moins protocolaire, plus progressiste, où chacun peut avoir accès aux ressources traditionnelles dont il est issu, et s’affranchir du contrôle autoritaire des anciens.

La kastom a trouvé sa place et sa légitimité comme patrimoine culturel.  

Quant à la légende elle raconte que dans un village de l’ouest de l’île deux mères, à la demande de leurs fillettes, partent seules  en forêt pour leur fabriquer un jouet. De chaque côté d’un banian, sans le savoir, chacune d’elles  crée un masque avec le même matériau secret,  le peint de couleurs végétales vibrantes et de retour au village l’offre à sa fillette. Découvrant que ces masques sont jumeaux les deux amies les nomment « Konan libang » (les deux choses sacrées du banian). Un vieil homme du nom de Taptoro trouve les masques si beaux qu’il décide de les voler et d’en façonner un à l’identique. Afin d’en être le seul propriétaire il  tue les deux mères et organise une cérémonie pour rendre le masque sacré.

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