Massues d’Océanie au musée du quai Branly-Jacques Chirac, juin-septembre 2022
Tout d’abord on est saisi par la stupéfiante diversité des formes des plus de 130 massues océaniennes présentées lors de cette exposition Pouvoir et Prestige en tous points remarquable. On est ensuite frappé par la modernité de ces formes étonnantes.




Mais c’est sur leur surface que je voudrais attirer votre œil, sur la peau de la massue, selon la belle expression d’Alex Bernand dans le catalogue de l’exposition.
D’abord le bois, noble, dur, foncé, poli à l’extrême, très souvent du Casuarina equisetifolia, et d’autres espèces appelées « bois de fer ».
Avant l’arrivée des Européens il était travaillé avec des outils en pierre, en coquillage, sculpté avec des dents de cochon ou de requin, poli à l’aide de pierre ponce, de peau de requin puis de feuilles abrasives. A partir du XVIIIème siècle l’arrivée progressive du fer et de l’acier, des haches et herminettes, des ciseaux en métal simplifia le travail du bois.
Et rien ne vaut le séjour dans la boue pour assombrir le bois mais surtout le « massage » avec de l’huile de noix de coco pour acquérir le lustre et la brillance souhaitée, cette épaisse patine sombre.
Mais il n’y a pas que le bois ; c’est Aotearoa/Nouvelle Zélande qui nous offre des massues en os de cétacé décoré de plumes et en néphrite aux transparences vertes nuageuses.


Ensuite la décoration par la sculpture, parfois de visages,

plus souvent de motifs complexes pleins d’inventivité, telles les frises gravées sur les massues tongiennes, parsemées de formes animales et humaines à la signification qui nous échappe, réparties en cartouches, surfaces entièrement remplies comme craignant le vide,



ou bien un agencement tel une marqueterie de points, de lignes, de damiers et de chevrons

sur l’énorme siriti fidjienne qui ouvre l’exposition.
Comment décrire la surface au rendu métallique et moiré des kinikini fidjiennes créé par de fines stries et rayures alternées polies, huilées, lustrées ?


D’autres fois ce sont des pigments qui rythment la surface, vagues, volutes, soleil, pastilles et frises,



Des ligatures de fibres végétales ou de cheveux, des plumes viennent aussi parfaire la décoration. Terminons avec les incrustations de matières précieuses tel l’ivoire marin, la nacre de nautile et l’haliotis qui apportent à ces armes, symbole de pouvoir, l’éclat et l’iridescence requis pour évoquer la puissance et le prestige de leur propriétaire.






Je vous invite donc à voir et revoir ces massues avec un autre œil, vous en approcher, vous pencher sur elles pour en apprécier toute la technicité, l’inventivité, la complexité, la préciosité et la somptuosité du travail.

Je vous invite à changer votre regard sur ces massues, vous en rapprocher, vous pencher sur elles pour en apprécier leur technicité et la finesse de leur élaboration.
Pour tout dire, une deuxième visite s’impose !
Texte et photos Mariette Naboulet.
Une belle ode à la matière, à la finesse du travail des artistes et leur ingéniosité !
J’aimeJ’aime
Je viens de comprendre pourquoi tu aimais tant ces armes : tu sais les lire. Très bel et bon article pour un autre regard.
J’aimeJ’aime