LES KALASH

La dernière conférence DDM nous a ravis: Jean-Yves Loude ethnologue-voyageur-écrivain est venu nous faire partager son expérience et ses connaissances sur les Kalash où il a séjourné longuement dans les années 80.

Voici maintenant un reportage de Christian Travers, tout récent puisque de 2022. Ceux qui ont vu la conférence de JY Loude pourront y voir l’évolution (influence de l’Islam) et ceux qui n’étaient pas présents auront ainsi une vue illustrée de ce peuple remarquable.

Photos mai 2022 et texte de Christian Travers

Les kalash sont un peuple polythéiste enclavé dans 3 vallées de l’Hindu-Kush (RUMBUR, BUMBORET, et BIRIR) à l’extrémité nord-ouest du Pakistan, à la frontière de l’Afghanistan et plus précisément de la bande du Nuristan qu’on appelait précédemment le Kafiristan (de Kafir, c’est à dire en arabe, les mécréants, ceux qui refusent de se soumettre aux préceptes de l’Islam ou encore de façon plus positive « hommes fidèles à la coutume »). De fait ils furent repoussés par les musulmans à l’ouest comme à l’est. La culture de ce peuple qui compte moins de 4000 personnes, avec ses multitudes de dieux, de déesses, de fées et la présence de chamans, de sacrifices d’animaux et de fêtes marquant chacune des saisons a de quoi séduire par son originalité. Ces nombreuses divinités et croyances expriment la profonde fusion de ce peuple avec le cosmos et la nature. Ces vallées qui alimentent la rivière Chitral ne sont accessibles que par des pistes malaisées et la marche est bien souvent le seul recours.

Dans ces vallées les Kalash habitent sur les flancs du torrent alors que les musulmans avec leurs petits commerces occupent les fonds de vallée. L’habitat rudimentaire, est constitué par des matériaux trouvés sur place : pierres et bois assemblés sans ciment et en strates pour garantir la solidité. En bonne place, dans de nombreux villages, des statures funéraires en bois sont sculptées à l’effigie d’hommes remarquables de la communauté. Ceux dont la notoriété est la mieux établie sont représentés sur un cheval qui peut avoir, distinction suprême dévolue aux ancêtres illustres, deux têtes. Les kalash sont encore aujourd’hui décidés à préserver leurs coutumes ancestrales qui sont menacées de disparition par les mollahs et les imams et par la pression de la modernité qu’incarnent les musulmans dont les revenus sont plus élevés et qui disposent dans le fond des vallées d’un meilleur confort. Ce sont « les derniers infidèles du Pakistan » et ce n’est pas facile à porter. Ils parlent le kalasha, un dialecte local issu du darde (et non du grec !) mais il n’avait pas d’écriture il y a encore quelques années. 

Quatre fêtes marquent l’évolution des saisons et donc de la vie agricole et des pâturages:

– La fête du CHAUMO, la plus importante, est célébrée fin décembre pour le solstice. On y implore, pendant l’épisode hivernal, le retour espéré du soleil et de la vie.

– La fête du JOSHI. C’est la fête du printemps, celle du retour de la vie dans la nature, le départ des cultures et celui des bergers pour les pâturages d’altitude.

– La fête de UCHAN qui a lieu en été est l’occasion de remercier les dieux pour les bonnes récoltes.

– La fête de PHOO est le moment où l’on récolte les fruits et aussi celui où l’on salue le retour des bergers au village.

Ces fêtes qui rassemblent la population de plusieurs villages et même des trois vallées sont le moyen de renforcer les liens de la communauté, de rendre vivante les coutumes, de favoriser les mariages. Il ne faut pas rater, dit-on la fête du Chaumo mais le froid et la neige en découragent plus d’un. J’avais pour ma part choisi d’assister à la fête du Joshi Chilimjust et j’ai vu avec quelle ferveur les kalash honorent les fées et les dieux afin d’assurer la protection des bergers et des chèvres. C’est aussi un moment plus calme qui se situe après les labours et les semailles.

Les costumes que portent les kalash restent très typiques. Si les hommes portent des vêtements pakistanais et une coiffe pachtoun les femmes s’enorgueillissent de porter chaque jour des robes noires abondamment brodées de motifs de différents couleurs et de nombreux colliers où le jaune et le rouge dominent. Les cheveux sont rassemblés en tresses (5 en principe) et recouverts d’une coiffe plus ou moins lourde et encombrante. La s’us’utr (prononcer shushut) ou la spectaculaire kupa portée au moment des fêtes. Elle est offerte aux jeunes filles pour favoriser la fertilité. Chez les kalash il n’est pas question de voile !

Des kasis (hommes de savoir) déclament des récits ancestraux, des histoires de lignages, le récit des hauts faits afin de transmettre la mythologie des clans mais c’est la danse qui est la manifestation principale des fêtes. Les hommes et les femmes, en rangs séparés, s’entourent leurs épaules et simulent par une sorte de provocation sexuée un affrontement dans une atmosphère conviviale et joyeuse. C’est aussi une occasion de partager: Chaque famille apporte une partie de sa récolte de noix et de mûres séchées . L’ensemble est rassemblé, mélangé puis distribué aux membres de la communauté. Pour le Joshi on décore les lieux sacrés avec des feuilles de noyer et de genets et ces feuillages sont agitées en direction des sommets, vers les dieux et les déesses. Ils sont ainsi remerciés d’avoir fait renaître la végétation. 

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